la mégère is back

Depuis quelques jours, une sourde colère m’habite. Je suis extrêmement irritable. J’ai littéralement envie de distribuer des gifles à tour de bras. Je dois couver une grosse frustration, sans doute la journée de demain y est elle pour quelque chose.

J’ai vendu la réalisation d’un déguisement mais n’avais pas compris que je devais également  porter la dite réalisation à l’occasion d ‘une réception de 300 personnes. Je me sens vieille et ridicule à l’idée de me grimer ainsi pour divertir des gens. L’orgueil est un de mes défauts, il semblerait que la vie souhaite me le rappeler très vivement.  J’ai fait un choix de reconversion courageux,  le pari n’est pas gagné néanmoins je souhaiterais à l’avenir mieux « cibler » le besoin du client. Putain, je n’ai pas envie… »Madame, Madame, une petite claque ? Si si je vous assure, c’est cadeau »..

big data

Le professeur Viktor Mayer-Schönberger m’a foutu les jetons. Bientôt l’humain ne sera plus, l’intelligence artificielle aura notre peau. Et moi qui suis là à pester contre les GIG, les accros aux portables, j’ouvre mon coeur, mes états d’âme et m’offre au BIG DATA. Quelle horreur !!!!! Nous sommes certainement les seuls êtres vivants à aller non pas fleur au fusil mais iphone vissé à l’oreille offrir notre sacro constitutionnelle liberté à nos bourreaux. Mon Dieu, je me déconnecte.

L’amour est un package

Ces derniers temps, j’ai été amenée à beaucoup réfléchir sur l’amour et ce que j’en perçois désormais avec la maturité.

Je me disais que si le sentiment d’amour que l’on porte à une personne ne peut pas se réduire à une seule liste d’attributs, de qualités supposées ou réelles et d’actions positives, et bien je crois comprendre désormais que la réciproque est valable.

Une liste défauts constatés, d’actes condamnables… ne permet pas de cesser d’aimer un être. Cela se saurait.

A la difficulté d’aimer une personne qui vous aurait fait du mal s’ajoute ainsi la « double peine » celle de l’incompréhension de l’entourage.

Quelle difficile cohabitation que celle de l’amour et la raison. Est-ce que la mère d’un violeur cesse de l’aimer ? Non, je ne le crois pas. Qu’en est il de la femme de ce même individu ?

Qu’est ce ce que l’amour à 45 ans en fait…

Je crois pour ma part qu’il s’agit d’un package, on n’aime pas juste l’autre. On l’aime avec tout ce qu’on y associe : la famille, le confort émotionnel (voir financier, logistique),  le statut social qu’il confère, la volonté de préserver l’image qu’on avait de l’autre quand on l’a connu, le passé  commun et les souvenirs, le sexe, la foi, la peur de l’inconnu et de la solitude, la crainte de l’abandon et le sentiment d’orgueil qu’il pourrait aussi réveiller… que sais je encore….

La volonté de préserver son couple envers et malgré tout est motivée par l’amour mais il faut savoir qu’après un certain nombre d’années, l’amour est aussi tout ça non ?… Qu’on ne me dise pas que je suis seule à faire ce constat, je ne le croirais pas. Même si je dois être vue comme une horrible personne, je dis que  l’amour est un package, j’en suis PRESQUE certaine. Il y a la douceur de ta peau mon amour mais il y a aussi tout ça !! -:)

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fratrie et maladie

Si nous n’avions pas été sœurs, nous n’aurions pas été amies. C’est ce que j’ai toujours dit concernant ma soeur L.

Comme je l’ai par deux fois mentionné, j’ai grandi sans arriver à trouver ma  place dans ma famille. Du moins c’est le sentiment que j’ai eu dès l’âge de 11/12 ans.

Bien plus tard au cours mon travail thérapeutique, j’ai compris que j’avais été aimée mais que j’avais été juste incapable de m’en rendre compte. J’ai lu l’an dernier un livre très intéressant sur le sujet. Selon son auteur, Gary Chapman, on peut donner de l’amour avec « 5 langages » différents  (toucher physique, paroles valorisantes, moments de qualité, cadeaux et services rendus). Chaque personne dispose d’un langage qui lui parle plus que d’autre en quelque sorte. Ainsi connaître le langage préféré d’une personne et  l’utiliser permet de remplir son « réservoir d’amour ». Que de malentendus pourraient être évités si la lecture de ce petit ouvrage était rendu obligatoire. Pour ma part, cela m’aurait évité bien des moments de solitude.

Je reprends.

Ma sœur était donc  pleine de vie, belle, très coquette, bavarde à en être saoulante, snobe. Je la jugeais superficielle, tyrannique avec ma mère, agressive avec moi. Dès la classe de 5°, elle s’avéra être en échec scolaire mais ne semblait pas s’en soucier beaucoup.  A la maison, elle était bruyante et exigeait une attention permanente.

Malgré ma perception peu élogieuse d’elle,  sachez que je la jalousais… Il me semblait qu’elle attirait tout le monde et je ne parvenais pas à en comprendre la raison.

Cela peut vous semblait dur mais c’est vraiment ce que je ressentais. Je la trouvais « bizarre », ses tics me tapaient sur les nerfs et son exubérance me gênait en public. Mes cousins riaient d’elle, mes amies ne l’appréciaient pas spécialement.

Elle mangeait mal, la bouche ouverte, avait des discours décousus, des rires inattendus, des propos sans rapport avec les discussions, elle cherchait l’attention permanente, taclant ceux qui tentaient d’exister à ses côtés, faisant des imitations et des tentatives de show somme toute assez médiocres. Tout devait tourner autour d’elle. Je n’essaye pas de trouver grâce à vos yeux en la dépeignant ainsi, je sais que c’est violent mais c’est ainsi, je ne la supportais pas en fait. Pourtant, je la défendais toujours quand les gens riaient d ‘elle et pas avec elle (ce qui arrivait hélas assez souvent) ou quand les profs étaient durs avec elle. J’étais loyale comme une louve protectrice, esprit de clan oblige.

A l’age de 15 ans alors que je vivais ma première histoire d’amour, elle, me traitait souvent de « pute » devant notre mère ; cette dernière me demandait de l’excuser et de comprendre :

« ta soeur a des soucis »,  »tu as tout, elle n’a rien ». J’ai longtemps culpabilisé comme si j’étais responsable de ce que ma mère estimait être une donne  injuste. Ma mère la couvrait donc de cadeaux pour combler cette inégalité et moi je sombrais dans la plus totale incompréhension et une infinie tristesse. Comment avec des notes scolaires pareilles et un comportement aussi délétère, elle pouvait être aussi gâtée ? C’était un non sens à mes yeux..d’autant que mon père se plaignait sans cesse de ses finances menaçant souvent de « vendre le piano » pour combler ses découverts. Pour équilibrer et ne pas en rajouter, je ne demandais donc jamais rien , mais j’en souffrais, je n’ai jamais été « blanc blanc ».

Avec le temps, je me suis donc logiquement éloignée de ma soeur, m’enfermant dans une aigreur  sans issue. J’étais malheureuse en famille et trouvais refuge dans la lecture, les amies et les histoires d’amour.

A 18 ans, ma soeur a commencé à développer des obsessions, des phobies (ou alors est-ce seulement là que mes parents commencèrent à réaliser ce que je constatais depuis déjà quelques années déjà). C’est à cette époque qu’eut lieu son premier séjour en clinique. Je dois dire que je garde de cette période des souvenirs confus car c’était en été et j’étais en congé. Mes parents  parlaient de dépression mais ma mère restait évasive avec moi ; d’ailleurs elle n’avait guère le loisir de m’accorder beaucoup de temps tant la maladie de ma soeur l’accaparait. Quant à notre père, il laissait gérer ma mère. Il travaillait…; un autre temps, d’autres mœurs..

Pendant les années qui ont suivi, je me souviens avoir souvent séché les larmes de ma mère ; elle souffrait des exigences que ma soeur avait envers elle,  elle constatait par ailleurs complètement désarmée que L était désormais en échec professionnel et amoureux. J’aimais infiniment ma mère et me sentais en charge d’elle. J’en voulais à ma soeur de la rendre malheureuse et j’en voulais à mon père de ne pas trancher. Qu’est-ce que j’ai pu aimer ma mère, je ne saurais décrire toute la tendresse et l’amour que je lui portais. Je la sentais fragile comme un oiseau, avec du recul je me rends compte que c’était en partie le cas même si elle gérait tout sans aide aucune.

Alors que ma soeur fêtait ses 22 ans, coup de théâtre, L renouait avec un amour d’été et quittait Toulouse pour vivre avec un hollandais ! Je dois dire qu’elle nous a tous scotchés.

Elle qui était incapable de faire un pas sans notre mère, partait sans aucune retenue vivre à 2000 kms d’elle ! Pendant quelques années, elle s’est alors apaisée. Sa nouvelle famille l’avait accueillie les bras ouverts, son amoureux était fou d’elle. Amoureuse, belle, heureuse, elle venait à chaque vacances rendre visite à mes parents. Elle était toujours aussi exubérante mais  moins agressive avec moi, plus équilibrée en fait. Elle irradiait littéralement de bonheur. Ses coups de téléphone réguliers à ma mère étaient plutôt porteurs de bonnes nouvelles, ma mère s’en réjouissait auprès de la sienne.

Ma mère était enfin heureuse et infiniment soulagée de voir sa fille aînée si bien après tant d’années de galère. Les choses allaient enfin rentrer dans l’ordre pour L, ma mère soufflait de ce côté là. Elle avait 46 ans.

La dernière année de sa  vie a hélas été rythmée par mes nombreux reproches sur les années d’enfance que j’estimais « volées ». Je lui faisais toute sorte de procès tout en continuant à l’aimer pourtant si fort. Je faisais enfin ma crise d’adolescence, tentant de couper maladroitement mon cordon ombilical.

En juillet 1995, comme je le rappelle dans un post du mois de juillet, notre mère âgée de 50 ans décédait d’un AVC . Mon journal intime de cette époque sera un jour en ligne ; j’ai en effet demandé à une de mes plus proches amies de le saisir par informatique car  je ne souhaite pas être tentée de retoucher ce texte. Les mots de l’époque sont à mon sens les plus fidèles pour décrire ces temps lointains et si douloureux.

S’en  suivit mon départ pour les USA en 1996 puis l’Angleterre et ma rencontre avec mon mari en 1997, sans conteste le plus beau moment de ma vie.

De 95 à 98, L et moi nous sommes enfin rapprochées.Elle me soutenait par téléphone dans ce deuil que je ne parvenais pas à faire complètement et qu’elle abordait elle avec une force ou un détachement(je ne saurai le dire) inattendu. Nous commencions à avoir  une relation apaisée, de soeurs. Je commençais à l’aimer.

Au cours de l’année 1998 j’ai malheureusement  constaté que les propos que L me tenait au téléphone étaient de plus en plus étranges, voire complètement délirants. Elle me disait voir des « voitures voler » ; notre oncle lui apparaissait à la télé (il n’était pas célèbre) ; elle devenait complètement paranoïaque avec sa belle famille. Elle craignait de nouveau de mettre les doigts dans des prises électriques ou de manger des pièces de monnaie.

Notre père faisait le même constat mais il travaillait….. Sur sa demande, j’ai donc été la chercher en urgence et je l’ai ramenée en France. Elle a été dans la foulée hospitalisée, terrible moment pour notre père qui voyait son enfant s’effondrer encore.

A l’époque, âgée de 26 ans, je vivais et travaillais en Angleterre. Je me revois dans mon bureau, appelant l’associée de la psy de ma soeur pour tenter de comprendre ce qui se passait. Cette dernière m’avait accompagnée à l’age de 23 ans et m’avait aidé à faire, entre autre chose, le deuil suite à la mort de ma mère et de celle d’Olivier…. mais ceci est une autre page de ma vie…

Cette discussion donc, je ne l’oublierai jamais ni d’ailleurs les mots que le médecin avaient utilisés. « Valérie, vous êtes une femme intelligente, je vous sais capable d’entendre. Votre sœur est schizophrène. Elle a été vue par plusieurs spécialistes à la clinique, ils ont confirmé le diagnostique ». J’ai alors demandé si cela se soignait. Elle m’a répondu « non ». Je lui ai demandé de quoi il s’agissait exactement, elle me parlait avec des mots qui n’étaient pas de mon registre, je retenais juste que c’était une maladie dont elle ne guérirait pas et dans laquelle L ne représentait pas un danger pour les autres. Lorsque j’ai raccroché j’ai eu la sensation que je n’avais pas été si apte que ça à entendre cette révélation. Je l’ai alors partagé avec Sébastien qui a eu l’intelligence de ne pas stigmatiser ma soeur, il a fait preuve d’une ouverture d’esprit peu commune.

Parler avec mon père de ma soeur à coeur ouvert était en revanche impossible. Une sorte de déni s’était installé dans sa tête, il l’a déclarée dépressive auprès de toute sa famille, ses voisins, ses collègues de travail, à lui même peut-être aussi. Alors qu’il suffisait de lire les notices de ces médicaments et de la regarder pour savoir que le mal était autre, lui la disait « border ligne ». Il nous affirmait que la psy n’osait pas en fait nous avouer qu’elle s’était trompée dans son diagnostique. Sébastien  et moi écoutions désolés qu’il ne puisse pas être armé pour faire face à la réalité. Je comprends…. il se sentait peut-être responsable..

Les années qui ont suivi ont donc été difficiles pour ma soeur et mon père mais ce dernier encore en activité professionnelle tenait la tête hors de l’eau. Pour ma part, j’étais loin géographiquement mais concernée émotionnellement, je souffrais pour eux.

En 2000, alors que je me mariais, ma soeur semblait enfin stabilisée dans sa pathologie. Elle prenait avec sérieux et docilité son neuroleptique quotidien et d »autres molécules pour la stabiliser. Elle a pu ainsi travailler en qualité de vendeuse de prêt à porter, cela lui allait comme un gant même si bien entendu elle avait des relations difficiles avec ses managers et certains de ses collègues. Dans cette maladie, les autres ont toujours tort…Parfois sa psy écartait le solian pour éviter la prise de poids déjà significative de L mais elle devait le reprendre systématiquement. Sans médicament, elle n’était plus « border line », elle sombrait.

Quant aux relations entre mon père et moi, elles étaient au beau fixe ; sauf quand bien entendu nous parlions d’L. J’avais plaisir à être en sa compagnie et mon mari l’appréciait.  Ainsi, mon père se déplaçait deux fois par an pour me voir à Paris et nous passions tous nos étés à ses côtés. La mort de ma mère nous avait au moins permis de nous rapprocher et de nous connaitre.

Peu à peu hélas, j’ai commencé à constater que L  (ou sa maladie) avait reproduit un schéma connu : hurlements, agressivité envers mon père. S’instaurer une co dépendance bizarre d’un côté comme de l’autre. Mon père lui achetait ses tampons et ses collants, couvrait ses nombreux découverts, acceptait son indolence face aux taches ménagères alors qu’elle vivait toujours chez lui. Vivre sans responsabilité, en déléguant tout ce qui ne l’intéressait pas était automatique. Elle ne payait que sorties et vêtements. Le reste était géré par mon père comme s’il pensait qu’elle avait encore 20 ans. Ils étaient devenus une sorte de duo, s’appelant plusieurs fois par jour comme si c’était la chose la plus naturelle du monde.

De mon côté, mon père ne comprenait pas que je puisse pour ma part me plaindre de quoique ce soit. Lorsque nous lui avons annoncé en 2001 que nous n »aurions peut-être pas d’enfant, il m’a dit « moi, j’aurais été aussi heureux si je n’en avais pas eu ». J’ai adoré…Il était incapable d’une quelconque empathie avec moi, mon mari le constatait et m’épaulait de plus belle.

Ma soeur ne savait pas de quoi elle souffrait et mon père riait de ses « pitreries ». Il lui disait sans cesse « arrête de faire le fada », il l’infantilisait chaque jour davantage, se croyant sans doute utile et quelque part immortel dans cette relation. Il ne parlait jamais de la suite, or celle ci m’angoissait terriblement. Mon mari et moi avions conscience que pour mon père, nous étions la suite de L. Il ne me remerciait jamais pour l’aide, l’écoute que j’apportais à ma soeur et encore moins pour le fait que je me sente en permanence concernée par son sort, son bien être et son avenir que je savais précaire. Quand je le lui faisais remarquer, il me disait « et moi qu’est ce que je devrais dire, elle m’appelle sans arrêt  » ou encore « ne t’affole pas, je m’en occupe » ou me raconter encore et toujours que sa propre mère (une sainte selon lui) avait accepté d’épouser son mari à la condition que sa soeur ainée qui s’était occupée d’elle toute son enfance vienne vivre avec eux. Je pense sincèrement qu’il n’ a jamais réalisé et ne réalisera jamais combien la situation était différente. La soeur de ma grand-mère n’était pas malade  ; par ailleurs elles avaient été toujours été proches, ce qui n’avait pas été le cas avec ma soeur, loin s’en faut…

Bref, rien  ne servait d ‘expliquer à mon père ses subtilités là, j’ai pourtant tenté très souvent mais cela se finissait immanquablement en dispute. Comme je le disais mon père est un être  très content de lui intellectuellement. Physicien, sortant en plus de Supélec, il a été toute sa vie certain d’être l’élite de la nation, d’avoir été très humble car selon ses propres mots « il aurait pu faire bien plus s’il n’avait pas souhaité en rester à ce niveau pour ne pas être embêté ». Sa pseudo humilité a toujours fait rire mon mari mais l’a parfois aussi énervé ; si mon père sait, forcément, nous, comme son frère, ses filleuls, ma soeur, sommes des élèves qui devons l’écouter sagement disserter  même sur des sujets que nous savions maîtriser mieux que lui. Enfin, chacun ses travers j’imagine, lui aime montrer qu’il sait et partager son savoir.

Cependant, je dois admettre que ses certitudes d’homme de sciences ont contribué pour beaucoup à l’image peu glorieuse de nous mêmes que ma soeur et moi avons en commun.

Combien de fois, nous a  t’il rabaissées aux motifs que nos sensations et notre vécu n’étaient pas fondés, que « nous nous inventions les choses », que ce que nous disions était faux. Vivre avec un scientifique bourré de  certitudes n’est pas chose facile pour deux êtres aussi sensibles que ma soeur et moi, même si nous  sommes sensibles de façon très différente.

En 2005 mon père prenait sa retraite, la relation avec ma soeur, son activité bénévole au secours catholique, ses cafés à la brasserie du quartier et le service taxi qu’il offrait à son vieux voisin devinrent sa vie.

Moi à Paris, je constatais que je n’avais à ses yeux encore et toujours aucun besoin d’un père, « j’avais tout »: un mari , un travail puis des enfants (après des années de FIV que j’ai d’ailleurs traversées difficilement). Il a toujours été présent physiquement, financièrement mais hormis les aspects logistiques, son langage d’amour n’était pas le mien. J’avais besoin de mots et de temps de qualité. Lui ne parlait pas d’émotion. Qu’ai je attendu et attends encore de lui ? Je ne le sais pas vraiment, peut être un « pardon Valérie ». Je sais qu’il ne viendra jamais tant il est convaincu de son côté d’avoir été un mari et un père de devoirs. Encore une fois la lecture des 5 langages de l’amour ne nous aurait certainement pas permis de tomber dans ce malentendu.

Est- ce vraiment curieux de voir que je ne parvenais pas à trouver ma place dans tout ça ? Je me sais exigeante, anxieuse, enclin à la mélancolie et souvent mesquine mais je me trouve quelques excuses. Le terrain était mouvant, trop mouvant pour que mes fondations soient solides. Je sais qu’une personne dotée d’une autre personnalité aurait fait différemment regardant ce qu’elle avait plutôt que le verre à moitié vide, mais je ne suis pas construite ainsi. Je regarde les choses et en vois le négatif intuitivement ; c’est la volonté, « ma part du Dieu »qui en dégage les aspects jolis et positifs en deuxième instance. Cette gymnastique est devenue une seconde nature mais je la pousse parfois à l’excès, apportant compréhension et excuses à des situations et des gens qui ne le mériteraient peut-être pas. En tous les cas, c’est ce que la vie m’a fait constater ces deux dernières années.

Je suis également  parfois excessive et un peu trop binaire. J’ai appris à mettre de l’eau dans mon vin mais là aussi j’ai beaucoup travaillé pour y parvenir. Je me suis souvent demandé en séances de psy si j’étais gentille ou méchante, avec une vision manichéenne très marquée. Je crois que la vie m’a appris que ce n’est pas gravé dans le marbre. Je suis multiple comme tout le monde. Si Dieu nous a fait à son image, alors lui non plus ne devait pas être tout blanc tout le temps. Quand on regarde ses créations, on s’en rend compte… Je suis donc parfois méchante, parfois gentille, parfois mesquine, parfois jalouse, parfois bonne, parfois douce, souvent généreuse. Nous sommes me semble t’il part d’ombre et part de lumière ; l’un n’existe pas sans l’autre. Il faut accepter toutes ces facettes et repousser les plus sombres pour qu’un équilibre acceptable (par soi même) s’installe.

Mais j’en reviens à L. Ma soeur a passé 4 années sans séjour en clinique. A chaque incident, elle rechutait direction la clinique. Le traitement qu’elle y subissait, et qu’elle subit encore, semble être d’un autre temps. L est soignée par sismothérapie Cette technique appelée aussi électroconvulsivothérapie (ECT) permet de la sortir de ses périodes dépressives qu’elle vit en plus de sa schizophrénie.  A 48 ans, je pense qu’elle a dû avoir, au bas mot, une cinquantaine de séances de ce type. L’objectif est de provoquer une crise d’épilepsie. De ce que j’en comprends, quand elle reçoit un électrochoc, en luttant contre la crise, son corps sécrète une substance  qui améliore sa connectivité neuronale jusqu’alors endormie par la dépression. A sa sortie de séance, si elle se sent mieux, elle constate quand même une importante perte de mémoire. J’ai toujours la sensation qu’à l’image d’un ordinateur, elle part se faire « rebooter ».

 

Lorsqu’elle a rencontré son compagnon actuel, elle ne se souvenait pas avoir été sa petite copine pendant quelques semaines seulement 6 mois avant, c’est pour dire.

Quoiqu’on en pense, nous avons pris l’habitude de la voir soignée de cette façon même si le procédé d’endormissement nécessaire à la réalisation d’une ECT lui fait infiniment peur. Elle n’a pas vraiment le choix de toute façon. il n ‘existe à l’heure actuelle aucun molécule faisant le même effet. Ce que je ne m’explique pas c’est qu’elle subisse ce traitement alors qu’elle est schizo. De ce que j’ai lu, c’est assez inédit. Mais bon, je ne suis pas médecin.

Professionnellement durant cette période, j’allais commencer à me poser des questions et c’est en 2010 que je décidais aux vues de mon passé familial à devenir pour un temps Directrice d’un Etablissement médico social accueillant des travailleurs handicapés atteints de maladie psy. Cette expérience m’a permis de valider que mon émotivité et mon anxiété n’avaient rien de comparables. Je devais avoir inconsciemment la trouille d’être comme ma soeur. Au moins, cette expérience a t’elle eu le mérite de me confirmer que ce n’était pas le cas.

A suivre………..

 

prendre des vacances loin de soi

C’est tout à fait surprenant de voir que quelque soit l’endroit où on part en vacances, on part avec soi. Serait il impossible de prendre des congés de soi-même ?

 

 

angoisse

Le temps est horrible. Nous ne nous sentons pas vraiment en été.  Les enfants sont chez mes beaux parents depuis 12 jours. Ils commencent à vraiment me manquer mais je me réjouis qu’ils aient l’air de passer des vacances formidables avec leurs grand-parents. Plus que deux jours et nous sommes à notre tour en congé.

Pour l’heure, mon homme est dans son bureau, il bosse pour deux. Ma formation c.a.p couture commence en septembre, elle va s’étaler sur 10 mois alors que mes allocations chômage cessent en janvier 2018… Petit écart que je n’avais pas du tout anticipé… Ce petit désagrément explique sans aucun doute ma difficulté à trouver le sommeil ces derniers temps.

Le « seigneur est mon berger, rien ne saurait me manquer ». Il faut que je me récite ce psaume pour ne pas céder à l’angoisse.

« La vie est bien faite, tout va bien se passer ». Oui, tout va bien se passer mais pour l’heure, j’ai une boule au niveau de l’estomac et je dors mal.

 

formation coaching suite

 

Pour vivre en collectivité, il faut des lois, des règles, des usages, des coutumes, des conventions sociales, des bonnes manières.. . Bref un cadre rendant la vie en collectivité possible, agréable et tenant le chaos à bonne distance.
J’ai toujours été consciente de la nécessité de respecter cette armada de règles, docile je m’applique à les respecter jusqu’à en être parfois un brin rigide. Par exemple, lorsque je m’évertue à ne pas dépasser les 30 kms heures figurant sur les panneaux routiers, je sens bien que l’ensemble des membres présents de la voiture souhaite m’étrangler mais c’est la règle et « la règle c’est la règle ».

En revanche, la nécessité tout aussi légitime de se plier au port de certains « masques sociaux » me demande une énergie considérable comme je l’évoquais dans plusieurs posts. Aussi, j’évite les endroits demandant un comportement policé car je ne suis pas capable de le tenir sur la durée. Mon choix de devenir coach s’est d’ailleurs fait en tenant compte de ce paramètre. Les « séances » ne pouvant pas durer plus d’une heure trente.. cela me semblait tout à fait réaliste avec ma personnalité et mes points de vigilance.

« Chasse le naturel, il revient au galop ». Chez moi, c’est donc « chasse le naturel, tu te tapes une migraine » (ou une crispation de la mâchoire, un malaise vagal etc….).

En clair, j’ai la spontanéité d’une enfant (il est pénible de la museler), ma gestion de mes émotions est parfois énergivore mais en gros, je ne trouve pas que je sois quelqu’un de très différent des autres.
Donc l’an dernier , lors de la formation coaching , je me suis pris un 33 tonnes dans la face.

Malgré les signaux d’alerte que me lançaient mon cerveau reptilien (partie du cerveau chargée de vous maintenir en vie) lors de la réunion d’information, je ne me suis pas écoutée et ai choisi de m’y inscrire malgré tout. La formation a commencé en septembre 2015.
Nous étions 21 stagiaires, principalement des cadres avec une moyenne d’âge de 45 ans. Cette formation a dogmatique comportait une partie théorique et une partie pratique. A défaut de vraies « clients », la partie pratique était faite entre nous. Les stagiaires de la formation à tour de rôle apportaient une demande afin qu’un des autres puisse s’exercer aux différentes techniques enseignées et l’accompagne à trouver lui même la solution à son « problème ». En somme le principe de la maïeutique de Socrate.

Nous étions donc assis en rond sans table. Les personnes qui s’entraînaient le faisaient parfois au centre de ce cercle. Je m’y étais pliée plusieurs fois en tant que coach et en tant que coachée et avais scrupuleusement appliqué la consigne que le groupe pédagogique ne cessait de marteler « soyez authentique sinon cela ne servira à rien ».

Imaginez ma joie! Enfin j’avais un cadre où je pouvais être moi parce que cela me l’était demandé, parce que c’était nécessaire pour que je réussisse cette formation. J’étais donc moi dans mon universalité que je dévoilais sans crainte à mes pairs. Je pensais par ailleurs que je n’avais pas grand chose dont je puisse avoir honte d’abord parce qu’on a tous plus ou moins vécu à certains ages le même panel d’émotions, deuxièmement parce que je ne suis pas une » mauvaise personne ».

Pendant un temps assez long (je dirais 3 mois) il m’a semblé cependant être l’une des seules à apporter de vraies belles demandes en exercice de coaching. Cela m’énervait et j’en riais avec la personne que j’amenais en formation (elle souffrait de problèmes d’équilibre et ne pouvait pas se rendre à la fac toute seule).
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> Coacher une personne qui se demandait si elle allait ou non se produire à son concert en fin de semaine alors qu’il avait la voie cassée n’était pas un exercice très compliqué et je trouvais très gonflé d’avoir à s’entraîner la dessus.  Avec du recul, je me rends compte désormais combien la personne avait raison de se méfier.
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> Par ailleurs, je trouvais que la sélection d’une ou deux personnes avait été faite de façon un peu légère, je ne pensais pas une seule seconde que certains faisaient le même constat en ce qui me concernait!
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> Une des stagiaires m’a ainsi parlé par deux fois d’une lumière qu’elle voyait à mes côtés, elle se présentait comme une sorte de médium travaillant avec des lumières bleues qui lui apparaissaient. Elle pensait que cette lumière était une femme qui veillait sur moi. Amusée je lui ai rétorqué que cela devait certainement être ma mère ! Elle m’expliquait aussi qu’elle avait tenté de se suicider trois ans auparavant. Son fils alors âgée de 17 ans l’avait décrochée de la corde à laquelle elle s’était pendue dans son garage. Je la trouvais touchante, j’ai appris par la suite que c’était une vraie garce et qu’elle était arrivée troisième au classement de la formation.

Une autre me racontait qu’elle avait adopté à plusieurs reprises de fausses identités (gendarme) pour ne pas perdre la face, qu’elle se sentait espionnée par ses voisins. Elle me saoulait car il n’y avait pas une session qui se passait sans qu’elle me dise que j’étais « perchée », « lunaire ». Je lui disais que cela ne me plaisait pas et pourtant elle continuait…

Très franchement même si parfois l’ambiance du collectif était pesante et mes remises en question nombreuses sur ma capacité à décrocher ce diplôme, j’avais la sensation d’avancer à grands pas et d’être faite pour cette activité. Je coachais des personnes dans le cadre du secours catholique et il me semblait que ces personnes étaient contentes de mon apprentissage. Par ailleurs, j’accompagnais une femme politique connue sur la ville et elle était ravie de mes services.

Dans le groupe, je m’étais liée avec 4 copines avec lesquelles je passais mes pauses et j’appréciais leur compagnie.

Je me suis donc dévoilée sans retenue aucune dans cette formation, appliquant avec ardeur la consigne d’ »être authentique »!! et bienveillant

J’ai pleuré une fois au tout début (en octobre ou novembre) quand un des élèves m’ a balancé que « je ne coacherai jamais personne en étant comme ça »(cet élève était Responsable du recrutement des coachs chez AIRBUS, son verdict m’a vraiment fait mal), je m’en suis d’ailleurs ouverte dans la foulée en larmes au groupe, prof compris, et ai demandé à ce que cette personne soit moins radicale dans ses propos.

A part cet incident, je trouvais que j’étais vraiment une bonne élève, bosseuse, motivée, solidaire. Pour la première fois à l’inverse de mes 5 années d’étude que j’ai vécues en vraie touriste, j’étais assidue et tous les cours étaient pris de ma main. J’avais un gros classeur où je conservais tout. Du jamais vu pour moi! De plus un des enseignants n’avait pas tari d’éloges sur mes premiers coachings. Excellent avait-il dit ! 1 mois a peine avant l’entrevue que je décris ci-dessous.

Or 5 mois après le début de la formation, le Directeur du D.U. nous a reçu à tour de rôle pour un point ayant vocation à valider notre sujet de mémoire et nos avancées dans la formation. Pour moi il devait se dérouler le 26 janvier 2016 et je m’attendais à y être félicitée.

Je vous laisse découvrir la teneur de l’échange que j’ai eu à cette occasion et que j’ai rédigé la nuit qui a suivi. En gros je n’ai pas été félicitée mais assa-ssi-née. Jamais je n’ai connu une telle humiliation, un tel sentiment de honte. C’est simple, encore aujourd’hui, j’en ai le coeur au bord des lèvres.

 

lettres d’amour

Nous sommes le 23 juillet, deux jours après l’anniversaire de la mort de maman. Ce matin j’ai été faire un truc pas très classe mais je ne regrette pas de l’avoir fait.

Mon père étant parti dans notre maison de vacances, je me suis rendu chez lui et ai été ouvrir une très vieille valise en cuir que je savais rangée dans son placard. Mon objectif était de remettre la main sur la correspondance de ma maman avec sa propre mère.

En me saisissant de la valise mes lunettes sont tombées et j’ai marché dessus. Alors que je me baissais pour les ramasser, la phrase familiale avec laquelle j’ai été bercée m’est revenue en tête « c’est le petit Jésus qui te punie ». En l’occurrence, cela pouvait bien être le cas puisque je m’étais introduite sournoisement dans les affaires privées de mon père et que ne trouvant pas ce que j’étais venue chercher, je me suis retrouvée à lire la correspondance de mes parents.

Dieu que c’était joli. Les lettres étaient étalées de  1966 (année de rencontre) à 1970 (première année de mariage, ma grande soeur était née).  Ils ont tenu une correspondance amoureuse régulière d’un autre siècle. Ma mère y apparaissait gaie, charmante, un brin piquante et tellement amoureuse de son Henri. Elle l’appelait « mon petite Henri » « Mon grand amour ». Elle décrivait ses journées, sa vie avec ses parents, ses journées à la plage de la Baule ou à son travail. Lui lui racontait sa petite chambre d’étudiant à Paris, ses voyages en train pour aller voir ses parents à Marseille, ses espoirs de travail, le service militaire, son souhait d’avoir une permission pour venir la voir.

Elle lui racontait les questionnements de ses parents sur la nature de ses intentions vis à vis de l’elle, les soirées passées à faire tapisserie dans les dîners d’affaires de son père, les courses qu’elle faisait en ville. Ils étaient juste fous amoureux l’un de l’autre et c’était si joli, si simple, si dépourvu de toute vulgarité. Dans une des lettres, ma mère explique que ses parents ne trouvent pas convenable son projet de visite à Paris et insiste pour qu’elle parte avec sa cousine en Espagne afin de parfaire son espagnol et « profiter du climat ». Mon père dans son courrier de réponse lui fait part de son mécontentement à la voir s’incliner aux injonctions de ses parents et à se conduire comme une « petite fille docile sans indépendance alors qu’elle a 21 ans ».

La réponse que ma mère lui a faite était délicieuse si fine!

Que je suis heureuse de cette indiscrétion, je n’en ai parcouru que quelques unes mais je les ai trouvé magnifiques ces deux là.

Ils s’aimaient croyez moi ; ça ne me sautait vraiment pas aux yeux mais je peux désormais le dire avec certitude, je suis le fruit d’un amour pur. Je n’aurais jamais pensé dire ça un jour!

 

 

Retour vers le passé suite

J’ai passé un très bon weekend.

Le beau temps n’est pas là mais les grasses matinées attestent qu’il s’agit bien des grandes vacances. Je  viens de relire mon  précédent post, je me demande pourquoi j’ai besoin de revenir là-dessus, sur toute cette histoire qui m’a déjà pris tellement de ce que je crains d’avoir si peu, du temps. J’ai pourtant la sensation qu’il faut que je raconte tout ça, que je revive toute cette merde de D.U. coaching et pourtant ce soir, ce n’est pas de ça que j’ai envie de parler en fait. Cela me surprend mais ce soir je vais remonter le temps c’est vrai mais plus loin encore… au 21 juillet 1995, le jour où ma mère est morte.

J’ai vécu 23 avec elle ; 22 ans sans.

Pourtant j’ai l’impression diffuse soit qu’elle n’a jamais existé ou que tout cela appartient à quelqu’un d’autre, soit que c’était il y a quelques mois seulement en tout cas pas 22 ans. 22 ans, une vie en fait.

C’est une sensation étrange difficilement descriptible même pour moi qui n’ait jamais aucune difficulté à dépeindre sentiments et émotions.

Ma mère est partie à l’âge de 50 ans, en pleine forme physique avec plein de projets.

Son souvenir est malheureusement plus composé des photos d’elle, de sensations et de flashs que d’un souvenir linéaire comme dans les films. Ma mère  a eu une hémorragie cérébrale et ai parti après quelques jours de coma.

La dernière image que j’ai d’elle est celle d’une femme avec le crâne rasée, intubée, la moitié du corps en hémiplégie,  très loin de la très belle femme qu’elle avait été. Je me rappelle avoir dit à l’infirmier qui me guidait dans les couloirs des soins intensifs de l’hôpital qu’il avait du se tromper de chambre car je ne le reconnaissais pas. C’est sa main, mon regard sur sa main qui a fait que  je l’ai reconnue puis mon regard s’est de nouveau porté sur son visage et j’ai vu que c’était elle, c’était bien elle.

J’ai traversé cette période avec un sentiment surprenant. Comme si les gens autour de moi continuaient à croire qu’ils vivaient alors que moi, moi seule,  étais dans la vie, face à face avec la mort, incontournable. Elle était là, entrain d’amener celle que j’aimais le plus au monde, ma mère.

Enfant, dans mon lit, cherchant le sommeil, je l’appelais parfois en lui demandant avec angoisse « tu vas pas mourir hein maman ? » « Non me répondait elle tendrement, ne t’inquiète pas de tout ça. Je ne compte pas du tout mourir avant bien bien longtemps ».

Avoir expérimenté que tout s’arrête un jour fait vivre la vie différemment je crois.

 

retour vers le passé

J’ai toujours été cadre, dès mon arrivée à Paris en fait. Diplômée d’une maîtrise en droit, d’un DESS en communication, parlant couramment l’anglais, j’ai très vite trouvé un boulot à Paris. J’ai été promue à 28 ans drh d’une entité de 260 salariés.

Je me suis enquillée comme la plus part des gens, les levers très matinaux, le lancer d’enfant avec chaussettes dépareillées à la crèche, le  RER B et ses grèves à répétition, les réunions sans fin, les dossiers à rendre pour hier, les meetings au milieu de la France avec le vol aux horaires improbables, les stratégies de réorganisation successives toutes oubliées dans l’année suivant leur mise en œuvre, les courses à talons pour récupérer les enfants, les bains tardifs,  bref le boulot d’une femme cadre en Ile de France, une femme chanceuse épaulée encore et toujours par son mari. Je trouve désolant de souligner ça comme une chance mais il faut l’admettre c’est encore loin d’être le cas dans de nombreux couples.

Ces femmes, toutes ces femmes que j’ai croisées, rencontrées, regardées à la dérobée dans le métro, les RER, les bus, à la sortie des écoles, au travail, dans les monoprix entre midi et deux ; et bien ces femmes  étaient mes  héroïnes. Aucune d’elle ne le saura probablement jamais, mais elles ont été  pour moi une source incroyable d’admiration, de respect. Oui, elles ont forcé mon respect.  En fait, je ne me suis jamais sentie l’une des leurs, une pale imitation seulement ; des mères courages, des femmes qui assurent, des femmes qui repassent le dimanche soir à 22 heures, toujours coiffées, ne ratant jamais un rendez-vous chez le dentiste pour leurs enfants, assumant leur statut d’épouse, de maman, de femme active, n’oubliant rien et ne portant certainement pas des chaussettes trouées voire des pieds nus dans des bottines!

Moi ? je me couchais juste après les enfants et espérais parfois qu’ils s’endorment à table pour que je puisse en faire autant.Épuisée, j’étais épuisée mais je m’éclatais vraiment dans ma vie de maman de jeunes enfants. Je tenais mal la cadence, j’étais souvent à la ramasse dans mon organisation et je ne savais même pas où était le fer à repasser mais je les câlinais sans cesse pour ne pas perdre une seconde de leur enfance, de cette fusion parfaite entre eux et nous. Quant à ma coiffure, elle était inexistante.  Parfois j’avoue que malgré toute ma reconnaissance pour les suffragettes, je me disais que nous nous  étions faites quand même avoir.

Oh oui, nous avions gagné le droit d’être indépendante financièrement, de voter, de disposer de notre corps, d’être des individus à part entière mais nous avions aussi gagné le droit de travailler deux fois plus.  Je l’avoue honteusement alors qu’on vient d’enterrer hier Simone Veil au Panthéon, quand j’étais très fatiguée parce que l’un des deux poussins avait mal dormi, je me disais que les femmes se faisaient finalement en quelque sorte toujours baiser : un boulot la journée, un deuxième en rentrant.

Heureusement, ce type de pensées n’est jamais que fugace. Aujourd’hui en France, nous avons une chance incroyable, nous avons  le choix. Nous choisissons.  Aucun homme n’a le droit de nous considérer comme inférieur et décider pour nous (même si  en parcourant les rayons de jouets je note que les aspirateurs, les caddies, les poussettes, les mini cuisines sont toujours en rose et qu’un certain formatage continue…).

Donc, au travail, les collègues étaient  sympas avec moi. J’ai bien subi quelques coups bas comme tout un chacun mais dans l’ensemble mon défaut d’ambition ne m’a jamais suffisamment exposée.

Un bureau ouvert en permanence pour les gens qui avaient envie d’ être écoutés,  beaucoup de rire décalé et une camaraderie, voilà ce que j’offrais. Des gens abîmés, fragilisés par le travail, j’en ai vus  passer dans mon bureau surtout lors des licenciements que je  devais gérer. J’ai fini par considérer que l’entreprise  était un lieu vraiment destructeur où survivent les gens qui ont la compétence incroyable de ne pas se poser de question sur le sens de tout ça, ou prennent ce cadre pour un jeu et savent être exactement ce qu’on attend d’eux.  J’ai ainsi travaillé pendant des années dans divers postes de cadres essentiellement en lien avec les ressources humaines, mais ce que personne ne savait c’est qu’à chaque poste c’était pareil….: angoisse totale de signer un CDI, un truc qui me lie…puis début du décompte……, un jour, deux mois, 5 mois, un an, 1 an et demi….. Je n’ai jamais dépassé les 5 ans, impossible pour moi. Pourtant j’étais appréciée, j’étais systématiquement promue, alors que  de mon côté, je me sentais dépérir,  étouffer de jour de cantine en jour de meeting. J’étouffais d’ennui dans chaque poste mais je les tenais quand même, sérieuse, fiable, parce qu’il fallait, que les gens sont au chômage et que je devais gagner ma vie comme tout le monde en fait. Et puis, le salaire que je touchais était aussi pour ça.

Mais, un jour je me suis levée et ai été incapable de continuer comme ça. J’ai refusé de me réveiller angoissée à 4h du mat parce que le chef ne m’avait pas conviée à une réunion alors que le sujet ne concernait finalement que moi, ou parce que l’assistante du DG m’avait glissé à l’heure du déjeuner « tu devrais te méfier, on parle de toi en ce moment. « De qui de quoi je devais me méfier ?

J’étais désormais devenue incapable de continuer à me museler et ne pas répondre   »ferme ta putain de grande gueule Marie Aline, tu me fais chier avec ta paranoïa! Ta paranoïa devient la mienne et moi j’en veux pas de cette merde j’en ai assez avec mes propres névroses! »

J’étais incapable  de côtoyer ces gens qui aimaient semer troubles, doutes et  marketer sans cesse tout ce qu’ils faisaient…. Dans l’entreprise, le savoir être est une compétence aussi reconnue et rémunérée que le savoir faire. Certains excellent dans le savoir être, d’autres revêtent tant bien que mal le masque social nécessaire à la vie en entreprise. Moi je commençais à carrément étouffer dessous. Je n’arrivais plus à faire face à Madame B,  50 ans, faisant par ses bruits de couloir, la pluie et le beau temps en toute impunité. La Direction s’en servait d’ailleurs de  vecteur de communication pour diffuser des déstabilisants messages à la plèbe. A couvert, le DG m’avait avoué que c’était une pratique très efficace !!! Combien de gens a-t-elle détruit en 20 ans d’activité parallèle ? Je ne pouvais plus supporter S, poupée blonde,  qui derrière  un visage angélique savonnait tellement de planches qu’elle était craint par tous. Les deux, bien entendu ne se quittaient pas, incontrôlables et méchantes comme la peste. Elles ont même fait tomber leur chef chéri qui n’en a jamais rien su et doit encore déjeuner avec elles. Quelle ironie…L’une d’entre elle à l’arrivée d’une nouvelle embauchée, nous avait dit : « mon dieu qu’elle est laide mais qu’elle est laide, même vous vous êtes mieux ».

Je ne comprenais pas la relation de mon voisin de bureau avec son bras droit dont chacun des passages donnait à peu près ceci :  « pffffffff Putain Philippe!!!!!!!! ! C’est la merde… !!!!!!!!!!!!!!».

S’en suivait alors un long silence théâtral savamment orchestré par l’oiseau de mauvaise augure ………

« Monsieur Chassagnette  a perdu son avenant ».

Sans laisser le temps à son chef le temps de réaliser,  il enchaînait alors dans une tirade évoquant tous les potentiels dégâts que cet événement majeur ne manquerait pas de provoquer sur l’entreprise.  Le chef assommé par cette diarrhée verbale attendait la suite comme paralysé. Ainsi, le fauteur de trouble devenait sauveur en annonçant : « heureusement, si tu en es d’accord j’ai peut être quelque chose qui peut nous sauver… ». S’en suivait alors une  explication déplorable pour dire qu’il avait pris soin de faire………………………….  une pho-to-co-pie. Le chef soulagé, le remerciait chaleureusement pour sa prévoyance. Quelle mascarade! A chaque fois que le pingouin sortait du bureau, je le voyais bomber le torse fier de son importance et moi j’étais juste sidérée par la scène absurde à laquelle encore et encore j’assistais.

Je ne pouvais plus non plus supporter le gros dégueulasse (placardisé à 61 ans avec un salaire annuel de 165KE) ex directeur général d’une sombre filiale  qui  me disait que j’avais un look de petite pute.

Sur la durée, tout cela commençait à m’user en fait.

« Je sais pas comment tu fais toi. Tu n’as jamais l’air débordée alors que moi je n’arrête pas, j’arrive à 7 heures et je repars avec du boulot à la maison » ; « c’est bizarre que le chef ne te donne rien à faire …….bon je te laisse, je suis dans le jus ». B lançait sa pique quotidienne.

Pourtant, il a bien fallu que j’admette que quelque part, je les rendais possibles ces petites et viles attaques.  En effet, longtemps,  j’ai cru au plus profond de moi qu’une femme vive et avec de la répartie ne pouvait pas être aimée. Or, enfant, tous les adultes autour de moi me qualifiaient ainsi.  Cette croyance donc de ne pouvoir être aimée si j’étais « moi » finalement (vive, avec un très bon sens de la répartie),  n’était pas vraiment conscientisée mais  guidait ma vie depuis très très longtemps. Or j’avais désespérément besoin d’être acceptée, d’avoir une place, moi qui n’étais pas parvenu à en  trouver une dans ma famille.

Aussi, à chaque prise de poste,  pour être acceptée, je me rabaissais. Je prenais  de façon systématique la position basse. Je rentrais donc dans un rôle réducteur où mes côtés gai, enjoué, spontané, trouvaient un terrain de jeu. J’amusais et je m’amusais mais très vite je regrettais l’image qui me collait à la peau. J’étais la collègue solaire, toujours prêtes à aider  mais aussi une cible facile pour les petites mesquineries. Et puis surtout en prenant cette position basse , je finissais par croire  que j’étais nulle, une farce, un leurre, un imposteur. Certes, j’étais appréciée par le plus grand nombre mais je m’étais perdue, je ne m’accordais plus aucune valeur, j’étais vide d’une grande partie de moi. Je m’enfermais dans un processus qui ne me convenait pas et les autres avaient pris bien facilement le dessus sur moi me laissant frustrée.

Lorsque j’en ai pris conscience, j’ai commencé à changer au travail mais aussi avec mon mari, mes amies, je me suis davantage affirmée et j’ai peut-être plus parlé aussi.

C’est donc à cette époque, en 2008 que j’ai décidé d’évoluer au travail : ni proie, ni prédateur (je persiste à croire que nous pouvons dépasser ce stade).  J’ai donc quitté le groupe dans lequel j’étais depuis 4 ans et ai pris soin de rester vigilante sur ce réflexe d’auto sabordement.

J’ai ainsi été directrice d’un ESAT pendant un temps, je m’y entraînais à ne plus prendre des réflexions, plus de position basse. Je disais non quand je pensais non et oui seulement si j’étais convaincue ou que je m’en foutais. J’encadrais une équipe de 18 travailleurs sociaux pour un établissement qui accueillait 80 travailleurs handicapés psychiatriques dont 10% étaient atteints du VIH. J’ai aimé la relation avec les travailleurs handicapés, je voyais en chacun  ma sœur, sa fragilité, le poids de la différence…

En revanche,  j’ai juste détesté encadrer l’équipe des travailleurs sociaux. Quelle barbe, quelle énergie dépensée. Comme si les gens ne pouvaient pas savoir ce qu’ils ont à faire. J’ai laissé tomber…

En 2010, j’ai été contactée par un cabinet anglais pour une mission pompier dans un groupe du secteur du luxe toujours en tant qu’experte en droit social. De nouveau, des licenciements et des DP…… chiant…… Bref, au terme de la mission j’ai décliné le cdi avec soulagement.  Aujourd’hui Sandrine une de mes meilleures  amies occupe le poste. Dans le groupe suédois et dans l’ESAT, j’ai coopté également mes remplaçants. Finalement qui est le mieux placé pour trouver une relève efficace ? Les deux personnes sont toujours dans leurs fonctions, j’avoue en être fière. Quelle orgueilleuse je fais, c’est un défaut que j’ai souvent ça. Je suis orgueilleuse.

En 2011, le mari d’une de mes plus proches amies Claire élu Président d’une fédération professionnelle m’a proposé  de le rejoindre pour l’aider à faire vivre la convention collective de la branche. J’ai accepté. J’ai  trouvé là un  cadre dans lequel je me suis sentie vraiment bien, un cadre serein. J’avais  deux collègues qui comme moi cherchaient  des relations respectueuses et solidaires tout en produisant un travail de qualité.

Nous étions donc  4 salariés dans un 200 m 2 rue de la Paix, un appart haussmannien disposant chacun de son bureau et d’un coin très agréable où nous nous retrouvions pour parler politique, évolution de la société, philosophie et religion. Oh  bien sûr, nous produisions mais sans jamais nous prendre au sérieux. Nous ne faisions pas non de plus de présentéisme..Cela me changeait beaucoup. Tout ceci n’était qu’un travail dans lequel nous étions remplaçables, interchangeables.

Deux années sont passées, j’ai décliné en 2013 la proposition qui m’était faite de prendre la relève de mon chef Dominique lorsqu’il partirait en retraite ; j’indiquais à ce moment là  que je souhaitais en fait m’installer à Toulouse.

Mon employeur a alors proposé de m’accompagner dans cette aventure. J’ai donc continué mon job en télétravail de Toulouse et je regagnais un jour tous les 15 jours Paris. Je ne les  en remercierai jamais assez.

Puis mon manager (et ami) est parti à la retraite en début 2016 et concomitamment nous avons perdu une dotation annuelle de fonctionnement de 420 KE,. J’ai alors compris qu’il fallait que je prépare la suite. Les chiffres n’étaient pas bons, cela sentait les économies… Mon jeune chef avait une obsession de la gestion des coûts et ne s’en cachait pas.

A 43 ans et en province, sans réelle capacité à simuler un enthousiasme pour mon travail,  ni à modéliser un comportement policé, je souhaitais avoir du temps pour mes garçons, j’étais donc assez lucide sur les alternatives qui me restaient :  être mon propre chef.

C’est vers le coaching que je  me suis tournée et  ai souhaité me former parce que je suis  de la vieille école : un métier, une formation.

J’avais eu un déclic pour ce métier 8 ans avant en rencontrant l’auteur du livre « vivre sa vie avec le TAo ».

En 2008, le groupe au sein duquel j’exerçais les fonctions de responsable d’affaires  sociales et juridiques avait organisé pour les N-1 de la Direction  un séminaire restitution de 360° sur trois jours. Ce séminaire était animé par Didier GONIN, auteur du dit livre.

La philosophie sous-jacente à cette relation d’aide et les échanges eus avec l’auteur m’ont séduite. J’ai pourtant estimé qu’il était prématuré de me lancer dans cette activité. Je n’étais pas assez senior. Je pense en effet que pour prétendre accompagner les gens, il faut déjà être au clair avec soi même. N’étant pas encore à mon sens assez mature pour ce métier, je décidais d’attendre le bon moment pour ça.

Ce projet validé par un bilan de compétence ne m’a ainsi paru crédible qu’en fin 2014. M’en ouvrant à mon psy, ce dernier trouvait que l’idée était bonne ; je me lançais donc..

Mon choix de formation s’est porté sur le D.U. de coaching de l’IAE de  Toulouse, et ce, pour plusieurs raisons : le caractère universitaire de la formation  (université dont j’ai été diplômée en formation initiale) ;  formation a dogmatique ; formation alliant pratique et théorique ; formation proche de mon domicile. Je n’aurais jamais du m’y inscrire, croyez moi.

 

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