la technique de l’EMDR

Incroyable, génial!

Je parle trop souvent sur ce blog de l’expérience du D.U. coaching de l’université de  Toulouse (UT1 CAPITOLE) au cours duquel il m’a été demandé  un  certificat émanant d’un psy pour avoir le droit de continuer ma formation professionnelle commencée en octobre de l’année 2015.

Cette expérience humiliante vécue le 26 janvier 2016 puis en avril de la même année avait laissé des empreintes que je croyais indélébiles. J’étais devenue comme vous avez pu le constater dans mes posts,  méfiante, peureuse, dissimulant mon naturel de peur d’être traitée de « folle ». Mon courrier de « plainte » adressé à la Présidente de l’Université en mai dernier était restée sans réponse et je ne me sentais donc pas réparée et ce, malgré le remboursement des coûts de la formation qu’avait réalisé l’université à mon employeur.  J’étais incapable de revivre ces mois là sans honte, pleur, tristesse, colère, or les souvenirs revenaient quotidiennement. Mon dégoût de moi que j’avais depuis cette époque était déroutant et me paralysait.

La semaine dernière, j’ai donc recontacté Benoit mon thérapeute pour lui expliquer l’impasse dans laquelle je me trouvais à savoir mon incapacité à être de nouveau à l’aise en public et donc d’avancer professionnellement. Mes économies inexistantes, la procès en cours pour la maison, la fin de mon indemnité pole emploi approchant, il était urgent que je trouve un boulot alimentaire car mon activité de couture retouche n’allait pas être rentable avant des mois. Or, j’étais juste incapable de me présenter pour un emploi dans cet état.

En discutant avec Benoît, j’ai compris qu’il fallait que ces événements qui m’empêchaient d’avancer soient enfin évacués émotionnellement. Il m’a proposé alors de continuer notre entrevue par une séance d »EMDR.

A sa demande, je me suis replongée dans le souvenir traumatisant. En l’occurrence, celui où le directeur du D.U. Monsieur Jacques B me demandait le fameux certificat, le laisser passer pour avoir le droit d’être formée au métier pour lequel je me sentais pourtant faite. Puis, Benoît s’est assis face à moi et a fait un mouvement de la main comparable à celui d’un  balancier, balayant l’espace de droite à gauche ; il fallait que je  suive le mouvement du regard sans jamais le lâcher.

Mes yeux suivaient donc comme si j’étais spectatrice d’un match de tennis ou que je suivais un bâton lors d’ une séance d’orthoptie. Parfois ma vision avait du mal à s’adapter et se brouillait mais je tenais la cadence.

Après une quinzaine d’aller retours,  je devais prendre une grande respiration et décrire la pensée qui m’habitait sur le moment ; la première fois, le mot « rien » est venu.

Puis, Benoît a réitéré l’exercice, une fois, deux fois, dix fois, peut-être plus.

Les images qui venaient (à moi et de moi) étaient tout à fait surprenantes. A un moment, je me suis vue comme une petite fille avec un robe rose à volants d’une autre époque assise sur une chaise d’école, le Directeur du D.U debout devant moi, pointant l’ l’index était une sorte d’homme  « muppet show » qui me sermonnait  tout en pensant « ça alors, c’est la première fois que j’essaye d’impressionner quelqu’un et que ça marche! Génial! ».

Les images se sont ainsi succédées, parfois le « rien » revenait mais je sentais qu’elles me délivraient un message.

L’exercice s’est terminé alors que la paix s’installait enfin.

J’ai regardé Benoit et un soulagement formidable m’a envahi…. J’ai été prise d’ un fou rire extraordinaire, un de ces fous rires tonitruant qui emporte tout sur son passage. Quel bonheur. Les larmes de joie coulaient sur mes joues,  impossible de me contenir, je me suis déversée devant les yeux de Benoit qui avait du mal à garder son sérieux.  Il m’a alors expliqué que lorsqu’il s’était formé à l’EMDR, il s’était lui aussi plié à l »exercice et avait eu un fou rire  similaire.

Tout ceci s’est passé la semaine dernière et depuis je me sens soulagée, bien. Je suis de retour à moi et cela fait un bien fou.  Je me sens capable de respirer pleinement et d’avancer. Je me sens de nouveau à ma façon, forte.

Encore une fois, merci Benoît!

 

 

présent

Ressasser mon passé est désormais stérile. M »angoisser pour l’avenir et donc des choses qui n’arriveront probablement jamais est idiot.

Vivre « au présent » me parait la meilleure solution.  J’y parviens quand je couds, j’écris, je crée, je marche, je regarde la nature, je ris avec mes enfants, passe des moments tendres avec mon mari, prends des fous rires avec mes amies.

Dans d’autres contextes, la « discipline » est difficile.  Et puis, la nuit,  passé et futur se mélangent et dans mes rêves presque cauchemars mes angoisses profondes resurgissent : peur de l’abandon, de la mort, de ne pas gagner ma vie…

C’est chiant.

 

Mégaphone

Dans ma tête des images comparables à des BD défilent.

J’ai souvent l’impression de regarder la vie avec ce filtre, d’être une spectatrice. Aujourd’hui, je me vois avec un mégaphone à la main  sur la canopée d’un arbre très très haut, hurlant aux quatre vents un énorme « meeeeeeeeeeeeeerrrrrrrrrrrddddddeeeeeeeee!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! »

Dieu que j’aimerais avoir des couilles et ouvrir ma gueule ou plus simplement savoir croquer ce que je vois.

J’aimerais balancer des vérités bien senties aux personnes qui se permettent de me reprendre régulièrement surtout depuis deux ans. J’en ai ASSEZ d’avoir peur de froisser, vexer, de m’excuser sous peine de ne pas être aimée ; est ce que les gens prennent des gants avec moi ? Pourquoi ne suis je donc pas capable de m’estimer suffisamment et de m’affirmer ?

C’est si facile de prendre le dessus sur moi, je m’accorde tellement peu de crédit depuis 2016.

Aujourd’hui j’ai encore bossé pour rien ; c’est la 4° fois en trois semaines.  Je ne supporte plus cet être sensible et émotif qui n’ose même pas présenter une facture pour un travail réalisé. A ce rythme là, je vais fermer ma structure de retoucheuse  rapidement.

Je n’ai pas toujours été comme ça. Cette saloperie de formation D.U. coaching m’a fait un mal fou, j’ai la sensation que tous les toulousains me regardent comme si je portais un entonnoir sur la tête. Faudrait il que nous rentrions sur Paris où je n’ai jamais eu ce type de problème ?

Les intervenants de cette formation m’ont forcée à regarder mon reflet et l’image était horrible. C’était  certes leur vision mais celle des autres élèves aussi. Le temps passe mais je reste souvent terrassée par des réminiscences, par le sentiment horrible que j’ai ressenti lorsque j’ai dû présenter mon certificat pour avoir le droit de continuer cette formation universitaire de merde. Que puis-je faire pour dépasser tout ça ? Hein ? Qu’est-ce que je peux faire ?

 

 

Pourquoi je tiens ce journal ?

Parce que j’en ai envie, besoin.

Parce que ce que j’ai dedans doit sortir et que j’ai malheureusement un mal fou à m’exprimer à l’oral. Lot de nombreux  émotifs, je perds vite mes moyens. Il suffit d’un regard, un ton de voix, une question , et ça y est, mes émotions me submergent et neutralisent complètement mes capacités cognitives, le fil de ma pensée s’effiloche jusqu’à s’étioler. C’est seulement avec des amies très intimes que je peux verbaliser sans crainte ou alors dans ma vie professionnelle passée où mon expertise était reconnue.

Par ailleurs, j’ai longtemps cru (à tort d’ailleurs) que les gens savaient ce que je pensais.  Enfant, il m’était souvent dit « on lit dans toi comme dans un livre ouvert tellement tu es expressive », j’ai dû en déduire que je n’avais donc pas besoin de parler. C’est une des très nombreuses fausses croyances qui ont longtemps guidé ma vie. Ce concept m’a été enseigné par un psychologue dont l’approche a tout simplement changé ma vie.

Lors de la seconde séance avec Benoit, il m’a demandé de lister les fausses croyances que je pensais avoir. Malgré tous mes efforts, j’étais incapable d’en trouver une autre que « regarder la tv est mal ». C’est au fil de nos échanges que le concept m’a imprégnée et que j’ai réussi à les lister. Je ne remercierai jamais assez Benoit pour son aide, sa bienveillance, sa capacité à me faire enfin croire en moi et m’aimer enfin dans ma globalité.

Donc, je crois qu’écrire est un besoin vital comme aimer, manger, rire, boire…et je le respecte en tenant ce blog. Je songe à en changer le titre. En tous les cas, j’espère que d’autres personnes qui comme moi s’épuisent parfois à être eux, trouveront dans la lecture de mon quotidien, celui d’une provinciale  de 45 ans, épouse heureuse et mère comblée, un brin de réconfort en se disant qu’ils ne sont pas les seuls à avoir trop souvent une tempête dans la tête. Voilà je crois que c’est pour ça aussi que j’écris.

 

 

la mégère is back

Depuis quelques jours, une sourde colère m’habite. Je suis extrêmement irritable. J’ai littéralement envie de distribuer des gifles à tour de bras. Je dois couver une grosse frustration, sans doute la journée de demain y est elle pour quelque chose.

J’ai vendu la réalisation d’un déguisement mais n’avais pas compris que je devais également  porter la dite réalisation à l’occasion d ‘une réception de 300 personnes. Je me sens vieille et ridicule à l’idée de me grimer ainsi pour divertir des gens. L’orgueil est un de mes défauts, il semblerait que la vie souhaite me le rappeler très vivement.  J’ai fait un choix de reconversion courageux,  le pari n’est pas gagné néanmoins je souhaiterais à l’avenir mieux « cibler » le besoin du client. Putain, je n’ai pas envie… »Madame, Madame, une petite claque ? Si si je vous assure, c’est cadeau »..

big data

Le professeur Viktor Mayer-Schönberger m’a foutu les jetons. Bientôt l’humain ne sera plus, l’intelligence artificielle aura notre peau. Et moi qui suis là à pester contre les GIG, les accros aux portables, j’ouvre mon coeur, mes états d’âme et m’offre au BIG DATA. Quelle horreur !!!!! Nous sommes certainement les seuls êtres vivants à aller non pas fleur au fusil mais iphone vissé à l’oreille offrir notre sacro constitutionnelle liberté à nos bourreaux. Mon Dieu, je me déconnecte.

L’amour est un package

Ces derniers temps, j’ai été amenée à beaucoup réfléchir sur l’amour et ce que j’en perçois désormais avec la maturité.

Je me disais que si le sentiment d’amour que l’on porte à une personne ne peut pas se réduire à une seule liste d’attributs, de qualités supposées ou réelles et d’actions positives, et bien je crois comprendre désormais que la réciproque est valable.

Une liste défauts constatés, d’actes condamnables… ne permet pas de cesser d’aimer un être. Cela se saurait.

A la difficulté d’aimer une personne qui vous aurait fait du mal s’ajoute ainsi la « double peine » celle de l’incompréhension de l’entourage.

Quelle difficile cohabitation que celle de l’amour et la raison. Est-ce que la mère d’un violeur cesse de l’aimer ? Non, je ne le crois pas. Qu’en est il de la femme de ce même individu ?

Qu’est ce ce que l’amour à 45 ans en fait…

Je crois pour ma part qu’il s’agit d’un package, on n’aime pas juste l’autre. On l’aime avec tout ce qu’on y associe : la famille, le confort émotionnel (voir financier, logistique),  le statut social qu’il confère, la volonté de préserver l’image qu’on avait de l’autre quand on l’a connu, le passé  commun et les souvenirs, le sexe, la foi, la peur de l’inconnu et de la solitude, la crainte de l’abandon et le sentiment d’orgueil qu’il pourrait aussi réveiller… que sais je encore….

La volonté de préserver son couple envers et malgré tout est motivée par l’amour mais il faut savoir qu’après un certain nombre d’années, l’amour est aussi tout ça non ?… Qu’on ne me dise pas que je suis seule à faire ce constat, je ne le croirais pas. Même si je dois être vue comme une horrible personne, je dis que  l’amour est un package, j’en suis PRESQUE certaine. Il y a la douceur de ta peau mon amour mais il y a aussi tout ça !! -:)

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fratrie et maladie

Si nous n’avions pas été sœurs, nous n’aurions pas été amies. C’est ce que j’ai toujours dit concernant ma soeur L.

Comme je l’ai par deux fois mentionné, j’ai grandi sans arriver à trouver ma  place dans ma famille. Du moins c’est le sentiment que j’ai eu dès l’âge de 11/12 ans.

Bien plus tard au cours mon travail thérapeutique, j’ai compris que j’avais été aimée mais que j’avais été juste incapable de m’en rendre compte. J’ai lu l’an dernier un livre très intéressant sur le sujet. Selon son auteur, Gary Chapman, on peut donner de l’amour avec « 5 langages » différents  (toucher physique, paroles valorisantes, moments de qualité, cadeaux et services rendus). Chaque personne dispose d’un langage qui lui parle plus que d’autre en quelque sorte. Ainsi connaître le langage préféré d’une personne et  l’utiliser permet de remplir son « réservoir d’amour ». Que de malentendus pourraient être évités si la lecture de ce petit ouvrage était rendu obligatoire. Pour ma part, cela m’aurait évité bien des moments de solitude.

Je reprends.

Ma sœur était donc  pleine de vie, belle, très coquette, bavarde à en être saoulante, snobe. Je la jugeais superficielle, tyrannique avec ma mère, agressive avec moi. Dès la classe de 5°, elle s’avéra être en échec scolaire mais ne semblait pas s’en soucier beaucoup.  A la maison, elle était bruyante et exigeait une attention permanente.

Malgré ma perception peu élogieuse d’elle,  sachez que je la jalousais… Il me semblait qu’elle attirait tout le monde et je ne parvenais pas à en comprendre la raison.

Cela peut vous semblait dur mais c’est vraiment ce que je ressentais. Je la trouvais « bizarre », ses tics me tapaient sur les nerfs et son exubérance me gênait en public. Mes cousins riaient d’elle, mes amies ne l’appréciaient pas spécialement.

Elle mangeait mal, la bouche ouverte, avait des discours décousus, des rires inattendus, des propos sans rapport avec les discussions, elle cherchait l’attention permanente, taclant ceux qui tentaient d’exister à ses côtés, faisant des imitations et des tentatives de show somme toute assez médiocres. Tout devait tourner autour d’elle. Je n’essaye pas de trouver grâce à vos yeux en la dépeignant ainsi, je sais que c’est violent mais c’est ainsi, je ne la supportais pas en fait. Pourtant, je la défendais toujours quand les gens riaient d ‘elle et pas avec elle (ce qui arrivait hélas assez souvent) ou quand les profs étaient durs avec elle. J’étais loyale comme une louve protectrice, esprit de clan oblige.

A l’age de 15 ans alors que je vivais ma première histoire d’amour, elle, me traitait souvent de « pute » devant notre mère ; cette dernière me demandait de l’excuser et de comprendre :

« ta soeur a des soucis »,  »tu as tout, elle n’a rien ». J’ai longtemps culpabilisé comme si j’étais responsable de ce que ma mère estimait être une donne  injuste. Ma mère la couvrait donc de cadeaux pour combler cette inégalité et moi je sombrais dans la plus totale incompréhension et une infinie tristesse. Comment avec des notes scolaires pareilles et un comportement aussi délétère, elle pouvait être aussi gâtée ? C’était un non sens à mes yeux..d’autant que mon père se plaignait sans cesse de ses finances menaçant souvent de « vendre le piano » pour combler ses découverts. Pour équilibrer et ne pas en rajouter, je ne demandais donc jamais rien , mais j’en souffrais, je n’ai jamais été « blanc blanc ».

Avec le temps, je me suis donc logiquement éloignée de ma soeur, m’enfermant dans une aigreur  sans issue. J’étais malheureuse en famille et trouvais refuge dans la lecture, les amies et les histoires d’amour.

A 18 ans, ma soeur a commencé à développer des obsessions, des phobies (ou alors est-ce seulement là que mes parents commencèrent à réaliser ce que je constatais depuis déjà quelques années déjà). C’est à cette époque qu’eut lieu son premier séjour en clinique. Je dois dire que je garde de cette période des souvenirs confus car c’était en été et j’étais en congé. Mes parents  parlaient de dépression mais ma mère restait évasive avec moi ; d’ailleurs elle n’avait guère le loisir de m’accorder beaucoup de temps tant la maladie de ma soeur l’accaparait. Quant à notre père, il laissait gérer ma mère. Il travaillait…; un autre temps, d’autres mœurs..

Pendant les années qui ont suivi, je me souviens avoir souvent séché les larmes de ma mère ; elle souffrait des exigences que ma soeur avait envers elle,  elle constatait par ailleurs complètement désarmée que L était désormais en échec professionnel et amoureux. J’aimais infiniment ma mère et me sentais en charge d’elle. J’en voulais à ma soeur de la rendre malheureuse et j’en voulais à mon père de ne pas trancher. Qu’est-ce que j’ai pu aimer ma mère, je ne saurais décrire toute la tendresse et l’amour que je lui portais. Je la sentais fragile comme un oiseau, avec du recul je me rends compte que c’était en partie le cas même si elle gérait tout sans aide aucune.

Alors que ma soeur fêtait ses 22 ans, coup de théâtre, L renouait avec un amour d’été et quittait Toulouse pour vivre avec un hollandais ! Je dois dire qu’elle nous a tous scotchés.

Elle qui était incapable de faire un pas sans notre mère, partait sans aucune retenue vivre à 2000 kms d’elle ! Pendant quelques années, elle s’est alors apaisée. Sa nouvelle famille l’avait accueillie les bras ouverts, son amoureux était fou d’elle. Amoureuse, belle, heureuse, elle venait à chaque vacances rendre visite à mes parents. Elle était toujours aussi exubérante mais  moins agressive avec moi, plus équilibrée en fait. Elle irradiait littéralement de bonheur. Ses coups de téléphone réguliers à ma mère étaient plutôt porteurs de bonnes nouvelles, ma mère s’en réjouissait auprès de la sienne.

Ma mère était enfin heureuse et infiniment soulagée de voir sa fille aînée si bien après tant d’années de galère. Les choses allaient enfin rentrer dans l’ordre pour L, ma mère soufflait de ce côté là. Elle avait 46 ans.

La dernière année de sa  vie a hélas été rythmée par mes nombreux reproches sur les années d’enfance que j’estimais « volées ». Je lui faisais toute sorte de procès tout en continuant à l’aimer pourtant si fort. Je faisais enfin ma crise d’adolescence, tentant de couper maladroitement mon cordon ombilical.

En juillet 1995, comme je le rappelle dans un post du mois de juillet, notre mère âgée de 50 ans décédait d’un AVC . Mon journal intime de cette époque sera un jour en ligne ; j’ai en effet demandé à une de mes plus proches amies de le saisir par informatique car  je ne souhaite pas être tentée de retoucher ce texte. Les mots de l’époque sont à mon sens les plus fidèles pour décrire ces temps lointains et si douloureux.

S’en  suivit mon départ pour les USA en 1996 puis l’Angleterre et ma rencontre avec mon mari en 1997, sans conteste le plus beau moment de ma vie.

De 95 à 98, L et moi nous sommes enfin rapprochées.Elle me soutenait par téléphone dans ce deuil que je ne parvenais pas à faire complètement et qu’elle abordait elle avec une force ou un détachement(je ne saurai le dire) inattendu. Nous commencions à avoir  une relation apaisée, de soeurs. Je commençais à l’aimer.

Au cours de l’année 1998 j’ai malheureusement  constaté que les propos que L me tenait au téléphone étaient de plus en plus étranges, voire complètement délirants. Elle me disait voir des « voitures voler » ; notre oncle lui apparaissait à la télé (il n’était pas célèbre) ; elle devenait complètement paranoïaque avec sa belle famille. Elle craignait de nouveau de mettre les doigts dans des prises électriques ou de manger des pièces de monnaie.

Notre père faisait le même constat mais il travaillait….. Sur sa demande, j’ai donc été la chercher en urgence et je l’ai ramenée en France. Elle a été dans la foulée hospitalisée, terrible moment pour notre père qui voyait son enfant s’effondrer encore.

A l’époque, âgée de 26 ans, je vivais et travaillais en Angleterre. Je me revois dans mon bureau, appelant l’associée de la psy de ma soeur pour tenter de comprendre ce qui se passait. Cette dernière m’avait accompagnée à l’age de 23 ans et m’avait aidé à faire, entre autre chose, le deuil suite à la mort de ma mère et de celle d’Olivier…. mais ceci est une autre page de ma vie…

Cette discussion donc, je ne l’oublierai jamais ni d’ailleurs les mots que le médecin avaient utilisés. « Valérie, vous êtes une femme intelligente, je vous sais capable d’entendre. Votre sœur est schizophrène. Elle a été vue par plusieurs spécialistes à la clinique, ils ont confirmé le diagnostique ». J’ai alors demandé si cela se soignait. Elle m’a répondu « non ». Je lui ai demandé de quoi il s’agissait exactement, elle me parlait avec des mots qui n’étaient pas de mon registre, je retenais juste que c’était une maladie dont elle ne guérirait pas et dans laquelle L ne représentait pas un danger pour les autres. Lorsque j’ai raccroché j’ai eu la sensation que je n’avais pas été si apte que ça à entendre cette révélation. Je l’ai alors partagé avec Sébastien qui a eu l’intelligence de ne pas stigmatiser ma soeur, il a fait preuve d’une ouverture d’esprit peu commune.

Parler avec mon père de ma soeur à coeur ouvert était en revanche impossible. Une sorte de déni s’était installé dans sa tête, il l’a déclarée dépressive auprès de toute sa famille, ses voisins, ses collègues de travail, à lui même peut-être aussi. Alors qu’il suffisait de lire les notices de ces médicaments et de la regarder pour savoir que le mal était autre, lui la disait « border ligne ». Il nous affirmait que la psy n’osait pas en fait nous avouer qu’elle s’était trompée dans son diagnostique. Sébastien  et moi écoutions désolés qu’il ne puisse pas être armé pour faire face à la réalité. Je comprends…. il se sentait peut-être responsable..

Les années qui ont suivi ont donc été difficiles pour ma soeur et mon père mais ce dernier encore en activité professionnelle tenait la tête hors de l’eau. Pour ma part, j’étais loin géographiquement mais concernée émotionnellement, je souffrais pour eux.

En 2000, alors que je me mariais, ma soeur semblait enfin stabilisée dans sa pathologie. Elle prenait avec sérieux et docilité son neuroleptique quotidien et d »autres molécules pour la stabiliser. Elle a pu ainsi travailler en qualité de vendeuse de prêt à porter, cela lui allait comme un gant même si bien entendu elle avait des relations difficiles avec ses managers et certains de ses collègues. Dans cette maladie, les autres ont toujours tort…Parfois sa psy écartait le solian pour éviter la prise de poids déjà significative de L mais elle devait le reprendre systématiquement. Sans médicament, elle n’était plus « border line », elle sombrait.

Quant aux relations entre mon père et moi, elles étaient au beau fixe ; sauf quand bien entendu nous parlions d’L. J’avais plaisir à être en sa compagnie et mon mari l’appréciait.  Ainsi, mon père se déplaçait deux fois par an pour me voir à Paris et nous passions tous nos étés à ses côtés. La mort de ma mère nous avait au moins permis de nous rapprocher et de nous connaitre.

Peu à peu hélas, j’ai commencé à constater que L  (ou sa maladie) avait reproduit un schéma connu : hurlements, agressivité envers mon père. S’instaurer une co dépendance bizarre d’un côté comme de l’autre. Mon père lui achetait ses tampons et ses collants, couvrait ses nombreux découverts, acceptait son indolence face aux taches ménagères alors qu’elle vivait toujours chez lui. Vivre sans responsabilité, en déléguant tout ce qui ne l’intéressait pas était automatique. Elle ne payait que sorties et vêtements. Le reste était géré par mon père comme s’il pensait qu’elle avait encore 20 ans. Ils étaient devenus une sorte de duo, s’appelant plusieurs fois par jour comme si c’était la chose la plus naturelle du monde.

De mon côté, mon père ne comprenait pas que je puisse pour ma part me plaindre de quoique ce soit. Lorsque nous lui avons annoncé en 2001 que nous n »aurions peut-être pas d’enfant, il m’a dit « moi, j’aurais été aussi heureux si je n’en avais pas eu ». J’ai adoré…Il était incapable d’une quelconque empathie avec moi, mon mari le constatait et m’épaulait de plus belle.

Ma soeur ne savait pas de quoi elle souffrait et mon père riait de ses « pitreries ». Il lui disait sans cesse « arrête de faire le fada », il l’infantilisait chaque jour davantage, se croyant sans doute utile et quelque part immortel dans cette relation. Il ne parlait jamais de la suite, or celle ci m’angoissait terriblement. Mon mari et moi avions conscience que pour mon père, nous étions la suite de L. Il ne me remerciait jamais pour l’aide, l’écoute que j’apportais à ma soeur et encore moins pour le fait que je me sente en permanence concernée par son sort, son bien être et son avenir que je savais précaire. Quand je le lui faisais remarquer, il me disait « et moi qu’est ce que je devrais dire, elle m’appelle sans arrêt  » ou encore « ne t’affole pas, je m’en occupe » ou me raconter encore et toujours que sa propre mère (une sainte selon lui) avait accepté d’épouser son mari à la condition que sa soeur ainée qui s’était occupée d’elle toute son enfance vienne vivre avec eux. Je pense sincèrement qu’il n’ a jamais réalisé et ne réalisera jamais combien la situation était différente. La soeur de ma grand-mère n’était pas malade  ; par ailleurs elles avaient été toujours été proches, ce qui n’avait pas été le cas avec ma soeur, loin s’en faut…

Bref, rien  ne servait d ‘expliquer à mon père ses subtilités là, j’ai pourtant tenté très souvent mais cela se finissait immanquablement en dispute. Comme je le disais mon père est un être  très content de lui intellectuellement. Physicien, sortant en plus de Supélec, il a été toute sa vie certain d’être l’élite de la nation, d’avoir été très humble car selon ses propres mots « il aurait pu faire bien plus s’il n’avait pas souhaité en rester à ce niveau pour ne pas être embêté ». Sa pseudo humilité a toujours fait rire mon mari mais l’a parfois aussi énervé ; si mon père sait, forcément, nous, comme son frère, ses filleuls, ma soeur, sommes des élèves qui devons l’écouter sagement disserter  même sur des sujets que nous savions maîtriser mieux que lui. Enfin, chacun ses travers j’imagine, lui aime montrer qu’il sait et partager son savoir.

Cependant, je dois admettre que ses certitudes d’homme de sciences ont contribué pour beaucoup à l’image peu glorieuse de nous mêmes que ma soeur et moi avons en commun.

Combien de fois, nous a  t’il rabaissées aux motifs que nos sensations et notre vécu n’étaient pas fondés, que « nous nous inventions les choses », que ce que nous disions était faux. Vivre avec un scientifique bourré de  certitudes n’est pas chose facile pour deux êtres aussi sensibles que ma soeur et moi, même si nous  sommes sensibles de façon très différente.

En 2005 mon père prenait sa retraite, la relation avec ma soeur, son activité bénévole au secours catholique, ses cafés à la brasserie du quartier et le service taxi qu’il offrait à son vieux voisin devinrent sa vie.

Moi à Paris, je constatais que je n’avais à ses yeux encore et toujours aucun besoin d’un père, « j’avais tout »: un mari , un travail puis des enfants (après des années de FIV que j’ai d’ailleurs traversées difficilement). Il a toujours été présent physiquement, financièrement mais hormis les aspects logistiques, son langage d’amour n’était pas le mien. J’avais besoin de mots et de temps de qualité. Lui ne parlait pas d’émotion. Qu’ai je attendu et attends encore de lui ? Je ne le sais pas vraiment, peut être un « pardon Valérie ». Je sais qu’il ne viendra jamais tant il est convaincu de son côté d’avoir été un mari et un père de devoirs. Encore une fois la lecture des 5 langages de l’amour ne nous aurait certainement pas permis de tomber dans ce malentendu.

Est- ce vraiment curieux de voir que je ne parvenais pas à trouver ma place dans tout ça ? Je me sais exigeante, anxieuse, enclin à la mélancolie et souvent mesquine mais je me trouve quelques excuses. Le terrain était mouvant, trop mouvant pour que mes fondations soient solides. Je sais qu’une personne dotée d’une autre personnalité aurait fait différemment regardant ce qu’elle avait plutôt que le verre à moitié vide, mais je ne suis pas construite ainsi. Je regarde les choses et en vois le négatif intuitivement ; c’est la volonté, « ma part du Dieu »qui en dégage les aspects jolis et positifs en deuxième instance. Cette gymnastique est devenue une seconde nature mais je la pousse parfois à l’excès, apportant compréhension et excuses à des situations et des gens qui ne le mériteraient peut-être pas. En tous les cas, c’est ce que la vie m’a fait constater ces deux dernières années.

Je suis également  parfois excessive et un peu trop binaire. J’ai appris à mettre de l’eau dans mon vin mais là aussi j’ai beaucoup travaillé pour y parvenir. Je me suis souvent demandé en séances de psy si j’étais gentille ou méchante, avec une vision manichéenne très marquée. Je crois que la vie m’a appris que ce n’est pas gravé dans le marbre. Je suis multiple comme tout le monde. Si Dieu nous a fait à son image, alors lui non plus ne devait pas être tout blanc tout le temps. Quand on regarde ses créations, on s’en rend compte… Je suis donc parfois méchante, parfois gentille, parfois mesquine, parfois jalouse, parfois bonne, parfois douce, souvent généreuse. Nous sommes me semble t’il part d’ombre et part de lumière ; l’un n’existe pas sans l’autre. Il faut accepter toutes ces facettes et repousser les plus sombres pour qu’un équilibre acceptable (par soi même) s’installe.

Mais j’en reviens à L. Ma soeur a passé 4 années sans séjour en clinique. A chaque incident, elle rechutait direction la clinique. Le traitement qu’elle y subissait, et qu’elle subit encore, semble être d’un autre temps. L est soignée par sismothérapie Cette technique appelée aussi électroconvulsivothérapie (ECT) permet de la sortir de ses périodes dépressives qu’elle vit en plus de sa schizophrénie.  A 48 ans, je pense qu’elle a dû avoir, au bas mot, une cinquantaine de séances de ce type. L’objectif est de provoquer une crise d’épilepsie. De ce que j’en comprends, quand elle reçoit un électrochoc, en luttant contre la crise, son corps sécrète une substance  qui améliore sa connectivité neuronale jusqu’alors endormie par la dépression. A sa sortie de séance, si elle se sent mieux, elle constate quand même une importante perte de mémoire. J’ai toujours la sensation qu’à l’image d’un ordinateur, elle part se faire « rebooter ».

 

Lorsqu’elle a rencontré son compagnon actuel, elle ne se souvenait pas avoir été sa petite copine pendant quelques semaines seulement 6 mois avant, c’est pour dire.

Quoiqu’on en pense, nous avons pris l’habitude de la voir soignée de cette façon même si le procédé d’endormissement nécessaire à la réalisation d’une ECT lui fait infiniment peur. Elle n’a pas vraiment le choix de toute façon. il n ‘existe à l’heure actuelle aucun molécule faisant le même effet. Ce que je ne m’explique pas c’est qu’elle subisse ce traitement alors qu’elle est schizo. De ce que j’ai lu, c’est assez inédit. Mais bon, je ne suis pas médecin.

Professionnellement durant cette période, j’allais commencer à me poser des questions et c’est en 2010 que je décidais aux vues de mon passé familial à devenir pour un temps Directrice d’un Etablissement médico social accueillant des travailleurs handicapés atteints de maladie psy. Cette expérience m’a permis de valider que mon émotivité et mon anxiété n’avaient rien de comparables. Je devais avoir inconsciemment la trouille d’être comme ma soeur. Au moins, cette expérience a t’elle eu le mérite de me confirmer que ce n’était pas le cas.

A suivre………..

 

prendre des vacances loin de soi

C’est tout à fait surprenant de voir que quelque soit l’endroit où on part en vacances, on part avec soi. Serait il impossible de prendre des congés de soi-même ?

 

 

angoisse

Le temps est horrible. Nous ne nous sentons pas vraiment en été.  Les enfants sont chez mes beaux parents depuis 12 jours. Ils commencent à vraiment me manquer mais je me réjouis qu’ils aient l’air de passer des vacances formidables avec leurs grand-parents. Plus que deux jours et nous sommes à notre tour en congé.

Pour l’heure, mon homme est dans son bureau, il bosse pour deux. Ma formation c.a.p couture commence en septembre, elle va s’étaler sur 10 mois alors que mes allocations chômage cessent en janvier 2018… Petit écart que je n’avais pas du tout anticipé… Ce petit désagrément explique sans aucun doute ma difficulté à trouver le sommeil ces derniers temps.

Le « seigneur est mon berger, rien ne saurait me manquer ». Il faut que je me récite ce psaume pour ne pas céder à l’angoisse.

« La vie est bien faite, tout va bien se passer ». Oui, tout va bien se passer mais pour l’heure, j’ai une boule au niveau de l’estomac et je dors mal.

 

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